LEGALEX Namur

Mon avocat est nul : je change !

Message, ce matin, sur notre répondeur téléphonique :

Voilà, Maître, c’est Mme X. Je ne suis pas contente du tout ! Vous avez vu le jugement ? Je m’en doutais bien mais, maintenant, j’ai la preuve que vous êtes vraiment incompétent. Totalement incompétent. Je ne serais pas fier à votre place. Désormais, je me passerai de vos services. Je vais en prendre un autre. Et je ne vous salue pas. En tous les cas, je vais faire votre publicité, ça, vous pouvez me croire.

Pourquoi tant de haine ? Parce que Mme X a reçu un jugement dans son affaire et qu’elle n’est pas satisfaite du résultat.

Ceci nous amène à quelques réflexions :

1° La qualité du travail d’un avocat ne se mesure pas en fonction du jugement rendu par un Tribunal.

Si le dossier est mauvais, un avocat, même excellent, ne réalisera pas de miracles.

Si le dossier est bon, un avocat, même exécrable, obtiendra sans doute un jugement favorable à sa cliente.

Il n’est pas rare qu’un avocat fasse très bien son boulot mais que, par contre, le juge le fasse un peu moins bien …

Bref, la compétence d’un avocat se mesure à ses écrits, à ses conseils, à ses plaidoiries. Elle ne dépend pas des écrits d’un juge qui n’a peut-être rien compris au litige qui lui était soumis.

2° Si vous aviez l’occasion de voir un chirurgien opérer un de ses patients, vous viendrait-il à l’idée de penser que ce n’est pas ainsi que ce chirurgien aurait dû procéder pour le soigner correctement de sa tumeur ? Non.

Si vous receviez le cahier des charges établi par un cabinet d’architectes pour la réalisation d’un centre commercial, vous viendrait-il à l’idée de le corriger, de changer les cotes, d’opter pour d’autres techniques de construction ? Non.

Si vous voyez une infirmière faire une prise de sang à telle personne, vous arrive-t-il de lui arracher la seringue de ses mains pour le faire à sa place ? Non.

Si le prof de math de votre fils lui donne un exercice à faire et qu’il revient avec un zéro pointé, vous allez expliquer au professeur qu’il s’est trompé et que la solution de l’exercice n’est pas celle qu’il croit ? Non.

Si vous achetez un fromage, vous allez envoyer un courrier au maître-fromager qui l’a confectionné pour lui dire que ce n’est pas ainsi qu’il aurait dû faire ? Non.

Si votre voiture tombe en panne et que vous la conduisez chez votre garagiste, vous allez lui expliquer quelles sont les pièces qu’il doit remplacer et comment il doit procéder pour le faire ? Non.

De fait, à chacun son métier …

Vous n’êtes pas juriste ? Vous n’avez pratiquement jamais eu de cours de Droit ? Alors, qu’est-ce qui vous autorise à croire que vous pouvez apprécier correctement la compétence ou l’incompétence d’un avocat qui a suivi 5 ans d’études universitaires, 3 ans de stage au Barreau et qui a 25 ans d’expérience quotidienne dans un domaine que vous ne maîtrisez absolument pas ?

Votre avis est sans doute pertinent dans votre domaine d’activités. Il ne l’est pas quand vous n’y connaissez rien à la matière.

3° Pour illustrer ce qui précède, on signalera, pour l’anecdote, que le jugement en question est … totalement favorable à la cliente ! Le Tribunal lui a effectivement donné raison sur le principe de la demande mais il a simplement ordonné une réouverture des débats parce qu’il souhaite obtenir des renseignements complémentaires afin de faire totalement droit à sa demande. Bref, la cliente n’a absolument rien compris au jugement, ce qui est assez révélateur de ses compétences juridiques. Ce n’est pas un reproche : on ne peut pas être compétent dans tous les domaines mais, précisément, quand on n’est pas compétent, on s’abstient aussi d’apprécier celle des autres qui, eux, le sont …

C’est en tous les cas la première fois que je vois une cliente mécontente d’une décision de justice qui lui donne entièrement raison.

Bref, vous savez ce qu’il vous dit, Madame, l’avocat incompétent ?

10 euros pour une lettre d’avocat ? C’est du vol !

Ben oui, un timbre, ça ne coûte pas 10 euros ! C’est donc du vol … ou pas.

Non, madame, ce n’est pas si cher que cela. Dans d’autres pays, vous paieriez bien plus cher … et je ne vous dis pas ce qu’il en est si vous faites appel à un cabinet d’avocats d’affaires.

Mais pourquoi n’est-ce donc pas aussi exagéré que cela en a l’air ? Pourquoi ne pas réclamer seulement le prix du timbre ?

Réponse :

D’abord, quand vous, vous écrivez une lettre, vous n’avez pas fait 5 ans de Droit et vous n’y exprimez pas vos 25 années d’expérience. Vous n’êtes pas non plus tenue de la garder dans vos archives pendant 5 ans après la clôture du dossier.

Ensuite, quand vous écrivez un courrier, vous n’avez pas nécessairement besoin de la même infrastructure et vous n’avez pas exposé les mêmes frais que votre avocat pour pouvoir l’envoyer à votre client ou à votre « adversaire ».

La procédure d’élaboration et d’envoi d’un courrier n’est pas non plus la même dans un cabinet d’avocats que chez vous.

Quand un avocat se décide à envoyer un courrier à quelqu’un, il le fait dans le cadre d’un dossier qui lui a été confié. Ce dossier, il a dû l’étudier. S’il répond à un autre courrier, il a forcément dû commencer par le lire pour pouvoir, précisément, y répondre. Il passe donc déjà un certain temps à travailler avant même de concevoir le courrier en question.

Il dicte ensuite ce courrier. Pour ce faire, il a dû acheter un matériel de dictée et, pour sa secrétaire, un matériel de transcription. Il a aussi dû acheter les logiciels qui accompagnent le matériel. Comme il ne dicte pas son courrier dans son jardin, l’avocat a dû acquérir ou prendre en location un local, un bâtiment. Il paie donc un loyer ou rembourse un crédit. Il paie aussi des charges (électricité, eau, chauffage, assurances …). S’il n’avait pas tout cela à sa disposition pour pouvoir travailler, il ne serait même pas en mesure d’envoyer un courrier …

Tout cela se fait sur ordinateur, nous ne sommes plus en 1935. Il a donc fallu acheter du matériel informatique. Et une photocopieuse. Et une imprimante. Et une télécopieuse. La secrétaire ne travaille pas par terre (en tous les cas, pas chez nous). Il a fallu lui fournir un bureau et même un siège ! Et oui, elles sont exigeantes, de nos jours …

Bien que l’avocat pour lequel elle travaille ne manque pas de charme (oui, c’est bien de moi dont il s’agit), elle ne travaille malheureusement pas pour ses beaux yeux. Et oui, il faut la payer, la madame qui répond gentiment au téléphone aux gens qui se demandent si, un courrier d’avocat à 10 euros, ce n’est pas du vol. Tiens, j’ai failli oublier : il a fallu acheter une centrale téléphonique et plusieurs appareils de téléphonie pour pouvoir communiquer avec ce fameux client.

La secrétaire, quand elle a raccroché le combiné, elle dactylographie donc le courrier dicté par l’avocat. Pour ce faire, elle utilise, outre les logiciels de bureautique habituels, un logiciel de gestion de cabinet d’avocats (pour info, je dis ça, je dis rien, mais pour le matériel informatique et le logiciel de gestion, on en est déjà à plus de 29.000,00 € de dépenses de fonctionnement …).

Elle envoie, quand elle a terminé cette tâche, le courrier dans le parapheur électronique de l’avocat pour une relecture. L’avocat vérifie, corrige, modifie, ajoute … puis il envoie, enfin, le courrier au client après l’avoir imprimé en copie pour le conserver dans son dossier.

Sachez aussi que ce courrier, votre avocat a l’obligation légale de le conserver pendant une durée de 5 ans à dater de la clôture de votre dossier.

A chaque étape, tant la secrétaire que l’avocat encodent leurs prestations. L’un et l’autre encodent ce qu’ils ont fait dans le logiciel de gestion à la fois par souci de transparence et pour assurer la traçabilité des choses à l’égard du client.

Tout cela ne se fait pas en 12 secondes. Cela ne coûte pas uniquement le prix d’un timbre.

Au début des années nonante (quatre-vingt-dix pour les français qui pas comprendre le belche), l’ancien Ordre national des Barreaux de Belgique a réalisé une grande étude pour tenter de déterminer ce que coûte, en moyenne, un cabinet d’avocats et comment faire pour répercuter ces frais à l’ensemble des clients. La solution retenue est de les répercuter à travers les courriers. Un calcul a ainsi été réalisé à grande échelle pour déterminer quel serait le coût moyen d’une page de courrier si l’on y inclut l’ensemble des frais fixes du cabinet. Le résultat obtenu était de 300 FB (7,50 euros) par page … Nous sommes en 2017. Si l’on applique l’indexation, nous en sommes aujourd’hui à bien plus que 10,00 €. CQFD.

Voilà pourquoi un courrier d’avocat à 10 euros la page n’a rien d’excessif. C’est un peu comme si, lorsque vous allez signer l’acte d’achat de votre maison chez votre notaire, vous lui disiez : merci, cher Maître, voici 30 centimes pour le coût du papier, non, ne me remerciez pas, cela me fait plaisir. Je doute que le notaire, lui, apprécie votre geste généreux.

Dans l’absolu, à notre connaissance, toutes les commissions des honoraires de tous les Barreaux considèrent qu’un montant de 10 à 12,50 € par page pour les frais de courrier est un montant raisonnable, pour ne pas dire habituel. Il est donc inutile de courir chez un autre avocat : vous ne paierez pas moins …

Il n’y a pas de différence entre les courriers et les mails : dans les deux cas, c’est la même infrastructure qui doit être mise en place et le même processus de conception avec le même matériel, les mêmes charges.

Tout cela ne vaut que pour les frais, pas pour les honoraires, c’est-à-dire le temps passé pour dicter, dactylographier, relire, imprimer, classer, encoder, conserver … Il faudra encore ajouter ce poste. Oui, je sais, c’est dégueulasse. Vous avez raison : mais qu’attendez-vous donc pour devenir avocat ? Pas envie ? Comme je vous comprends …

e-Deposit, nouvelle plate-forme de la Justice : un progrès ?

Depuis peu, les avocats sont invités à déposer leurs conclusions et leurs pièces via la plate-forme e-Deposit du Ministère de la Justice.

Enfin, nous direz-vous, la Justice entre dans le 21ème siècle et s’adapte aux nouvelles technologies !

Mouais. On va dire ça … Sauf que … sauf que la plupart des juridictions n’utilisent pas le système et qu’il faut donc, chaque fois, vérifier si c’est possible ou pas. La plupart du temps, la réponse est non.

Ensuite, on peut déposer des conclusions et des pièces. C’est bien. Sauf que l’on ne peut pas déposer l’inventaire des pièces, ce qui est pourtant une obligation. Faudrait donc, apparemment, faire parvenir l’inventaire d’une autre manière. Soit.

Si vous avez 40 pièces à produire, il faudra vous armer de patience. Il faut envoyer tout cela un par un … et, à chaque envoi, une confirmation par mail, ce qui revient à dire que l’avocat va recevoir 40 mails à traiter … De temps en temps, cela plante joyeusement. Le serveur n’est pas disponible, la pièce n’a pas pu être téléchargée. Quand cela ne fonctionne pas, on reçoit un message d’avertissement incompréhensible. La seule chose que l’on comprend, c’est qu’il y a eu un bug.

Alors, parfois, les avocats se disent que ce serait infiniment plus simple d’envoyer les conclusions ou les pièces par mail. Et, de fait, nous pouvons vous assurer que c’est effectivement beaucoup plus simple et moins chronophage (pour l’envoi des 40 pièces, avec tous les problèmes rencontrés, nous avons perdu plus de 35 minutes …). Sauf que la plupart des greffes refusent l’envoi par mail. Quoique. Vive l’uniformité. Le Tribunal X vous dira que l’on doit impérativement passer par e-Deposit. Chouette. Le Tribunal Y vous dira qu’il faut déposer les conclusions au greffe ou les envoyer par fax tandis que le Tribunal Z vous répondra qu’il n’est pas question de passer par le fax, vive le mail !

Bref, il n’y a pas deux juridictions qui fonctionnent de la même manière.

Ce n’est pas tout. Quand vous voulez écrire au Tribunal (pour demander une fixation de l’affaire), X vous dira que cela doit se faire par mail (avec une adresse mail tellement compliquée que l’on se demande si c’est un jeu de devinettes conçu pour embêter les gens), Y s’offusquera que vous ne passiez pas par le fax et Y exigera l’envoi par courrier ordinaire. La plupart du temps, bien sûr, cela se fera de manière agressive, avec une pointe de mépris. Un exemple vécu ? Voici la réponse : « Aucune suite ne sera donnée à votre demande d’ordonnance par mail. Veuillez adresser par courrier une requête sur pied de l’article 747§2 C.J. signée en original au greffe des rôles de ce tribunal ». Par contre, si vous n’envoyez pas vos conclusions par mail à ce même Tribunal, vous allez vous faire engueuler « parce que, monsieur l’avocat, il faudrait tout de même vous rendre compte que nous ne sommes plus au siècle passé ». Ben tiens.

Avant de songer à informatiser la Justice un peu n’importe comment avec des outils bêtement compliqués, il faudrait surtout réexpliquer aux magistrats et au personnel des greffes qu’ils sont au service des justiciables et que cela ne les place pas sur un piédestal ni ne leur confère la moindre supériorité.

Quand un avocat qui habite Namur écrit au Tribunal à Bruxelles pour signaler son intervention et demander au magistrat de faire reporter le dossier (en accord avec la partie adverse) en invitant un confrère présent dans la salle à le remplacer aimablement, il n’est pas normal, au 21ème siècle, de voir ce … de juge répondre : « Nous ne sommes pas là pour faire le travail des avocats », ce qui revient à dire qu’il faudrait passer sa matinée à se déplacer à Bruxelles pour demander une remise et, bien sûr, facturer ensuite ces prestations parfaitement inutiles au client, tout simplement parce que Monsieur le Juge a un ego aussi surdimensionné que sa bienveillance est vide. Le problème essentiel de la Justice se situe là et nulle part ailleurs. C’est un problème de mentalité.

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La Justice belge ne fait pas toujours son travail …

Il n’est pas dans nos habitudes de critiquer la Justice belge … quoique …

Dans l’ensemble, elle ne fonctionne pas trop mal avec les moyens dont elle dispose. La plupart des juges sont des gens consciencieux qui font leur métier avec conviction et plus ou moins d’enthousiasme.

Comme dans tous les métiers, il y a des bons … et des moins bons.

Des juges à l’écoute des justiciables et d’autres qui ont un ego surdimensionné et qui s’imaginent que, parce qu’ils sont juges, ils ont le pouvoir de regarder les gens de haut. Ce sont ces juges qui vous engueulent littéralement à l’audience, qui font des remarques stupides pour se faire valoir, qui croient humilier le jeune avocat avec des remarques du genre « dites Maître, il me semble que vous ne nous avez pas été présentés, on ne vous apprend rien au Barreau ? », qui vous coupent constamment la parole (bravo pour l’écoute active), qui s’imaginent détenir le monopole de l’intelligence et vous font la leçon, bref, des personnes qui ont un degré de développement personnel proche du néant absolu et qui sont totalement soumis à leur ego. Ces magistrats sont, fort heureusement, une minorité.

Là où je ne comprends plus, par contre, c’est lorsque la Justice dans son ensemble ne fait plus son travail.

Un exemple. Les grands-parents alertent la police et le Parquet à propos de faits de maltraitance sur de jeunes enfants (3 et 6 ans). Les enfants sont régulièrement enfermés dans la cave à titre de punition, dans le noir, toute la nuit. La petite passe sous la douche bouillante parce qu’elle a fait une bêtise. Les vêtements trop grands et sales sont portés toute la semaine. L’hygiène est catastrophique. Les parents sont surendettés. Bref, on va appeler un chat un chat : nous sommes chez Monsieur et Madame Barraqui.

Une plainte est déposée. Les enfants sont enregistrés lorsqu’ils racontent ce qu’ils vivent à leurs grands-parents, en pleurant. Les enfants sont clairement en danger et les grands-parents sont inquiets.

A la police, que se passe-t-il ? Les grands-parents se font engueuler parce qu’ils ont enregistré les enfants. On acte néanmoins leur plainte mais en les regardant clairement de travers.

Quelques mois (oui, je parle en « mois ») plus tard, les filles sont entendues par une cellule spécialisée. Elles confirment tout ce qu’elles vivent à la maison.

Et puis … et puis rien. Rien du tout. Le silence total. Les grands-parents essaient de savoir ce qui va se passer. Ils se font à nouveau engueuler …

Cela fait près d’un an, maintenant. La Justice ne fait rien et, si on lui demande où en est le dossier, elle se fâche parce qu’on la dérange et qu’on a apparemment autre chose à faire. Peut-être faudra-t-il attendre un drame pour qu’elle réagisse … trop tard. Et on dira qu’on ne le fera plus. Aaaah, la Justice en Belgique …

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Le Droit, rien que le Droit, pour le plaisir de faire du Droit …

Le Droit, c’est bien … mais quand on fait du Droit pour le plaisir de faire (inutilement) du Droit, cela devient parfaitement ridicule.

Illustration. Mr X et Mme Y ont un fils (non, ce n’est pas une blague et je ne vais pas vous demander de deviner son prénom). Le fils habitait chez Mme Y. Il est parti habiter chez Mr X. Les parties ne s’entendent pas sur le montant de la contribution alimentaire. Le dossier est dès lors soumis au Tribunal de la Famille de … (je ne vous dirai pas lequel). La citation de Mr X est très complète. L’avocat de Mme Y rédige des conclusions. La question étant purement financière (il s’agit d’apprécier la situation financière de chacun et de fixer le montant des parts contributives en fonction des besoins de l’enfant), je n’estime pas devoir rédiger de conclusions en réponse et pense me référer simplement à ma citation. Je dois tout au plus donner un petit mot d’explication (l’enfant est sous contrat d’apprentissage depuis quelques mois et perçoit des revenus limités dont il faut néanmoins tenir compte) et produire des pièces réactualisées des revenus de mon client (fiches de salaires de 2015, le dossier ayant été introduit en 2014). Le rôle étant encombré (cela signifie qu’il y a beaucoup d’affaires et que le juge n’a pas envie de siéger jusqu’à minuit), nous décidons de recourir à la procédure écrite (on ne plaide pas). Problème : si on ne plaide pas, je ne peux pas donner mon petit mot d’explication. Je rédige alors une note de deux pages avec les informations utiles que je me serais borné à donner verbalement si nous en avions eu la possibilité. L’adversaire, qui aime faire du Droit pour faire du Droit (lire : qui a envie de m’emm…), s’oppose à ce que je dépose ma note sous prétexte que je n’ai pas rédigé de conclusions dans les délais. Le Tribunal, à qui j’explique que je n’ai jamais eu l’intention de conclure mais qu’il faut quand même bien que j’expose brièvement par écrit ce que je pensais exposer verbalement en 5 minutes, décide … de faire du Droit pour faire du Droit et écarte ma note d’office ainsi que les pièces que je comptais produire pour réactualiser les choses (les fiches de salaires de 2015 de mon client ainsi que les pièces justificatives de ses charges), pièces que j’avais bien sûr communiquées depuis longtemps à mon charmant confrère.

Résultat. Le Tribunal écarte donc tout ce que je dépose … et ordonne une réouverture des débats en soulignant le fait qu’il n’est pas suffisamment éclairé quant à la situation financière des parties. Il fixe en conséquence une nouvelle audience pour que chacune des parties complète son dossier, ce qui revient à dire qu’il me demande de produire les pièces qu’il a écartées … Perte de temps. Perte d’énergie. Aucun pragmatisme. Du Droit, certes, mais aucune intelligence juridique.

Complexitédroit

Avocat. C’est bien comme métier, avocat, non ?

Bof. Pas toujours. Parfois, les avocats ont une furieuse envie d’étrangler leurs clients …

Mr X envoie un mail à 10h30 à son avocat pour lui demander la copie d’un document. A 10h55, il renvoie un second mail : « Toujours pas de réponse. C’est normal ? ». Ben ouais, c’est normal. Les avocats éprouvent quelques difficultés, parfois, pour répondre instantanément à tous les mails, courriers, coups de téléphone qu’ils reçoivent tous les jours. Et vous savez quoi ? Parfois, aussi, ils sont en consultation ou, miracle, ils vont aux audiences … Incroyable, non ?

Mr Y envoie son dossier au cabinet le mercredi. Le jeudi, l’avocat dicte un courrier pour en accuser réception. Le vendredi, l’avocat en prend connaissance. C’est un gros dossier. Cela lui a pris pratiquement deux heures pour l’analyser. Il dicte un courrier pour donner son avis sur les chances de succès d’une procédure en justice. Le courrier (4 pages) est dactylographié le lundi en fin de journée. Il est relu par l’avocat le lendemain matin et envoyé au client dans la journée. Dans l’intervalle, le client a téléphoné trois fois au cabinet le lundi matin. La secrétaire lui a gentiment répondu, chaque fois, que le dossier avait bien été réceptionné et qu’un courrier a été dicté à son attention. Elle précise qu’elle va bientôt y arriver et qu’il le recevra dans les prochaines heures. Le mardi matin, le client envoie à son avocat un courrier intitulé : « Dernier rappel avant la fin de votre mandat ! ». Zut alors, je n’avais pas compris que c’était le dossier le plus prioritaire de la vie et que le Monde s’arrête quand le client m’écrit un courrier auquel je dois répondre immédiatement en laissant tomber tout le reste !

Mesdames et Messieurs les clients, vous ne croyez pas que vous exagérez un peu ?

Quand vous envoyez un courrier à votre avocat, cela ne vous vient-il pas à l’idée que, de temps en temps, celui-ci travaille dans d’autres dossiers que le vôtre ? Si vous ne recevez pas de réponse dans l’heure, ne croyez-vous pas que cela peut s’expliquer par le fait que votre avocat est un tout petit peu occupé (sans doute regarde-t-il un truc à la télé) ? Vous pouvez téléphoner trois fois sur la journée ou lui envoyer deux rappels par mail … il ne sera pas moins occupé pour autant.

Bref, s’il vous plaît, faites un tout petit effort pour comprendre que si votre dossier est le plus important de la Terre à vos yeux, c’est le cas aussi pour tous les autres clients. Votre dossier n’est, à vrai dire, ni plus, ni moins important que celui de votre voisin.

Par contre, il arrive – je sais, c’est difficile à supporter – qu’une autre dossier que le vôtre puisse être prioritaire ou plus urgent, tout simplement. Oui, j’ai bien compris, parce que vous me l’avez déjà dit quelques fois, que vous vous en foutiez complètement des autres dossiers. Mais moi pas. Et quand j’ai un délai à respecter, je le respecte, quitte à subir les foudres de votre insatisfaction parce que je n’ai pas tout arrêté pour vous. Ceci dit, promis, la prochaine fois que je reçois quelqu’un en consultation, je le mettrai à la porte en plein milieu de celle-ci pour pouvoir vous répondre instantanément.

Pour le reste, au cas où, je connais quelqu’un qui aide les gens à comprendre que leur ego n’est pas toujours leur meilleur ami et que vous n’êtes pas – si, si, je vous assure – le centre du Monde … Intéressé(e) ?

PS : S’il vous plaît, ne vous sentez pas obligés non plus d’alimenter la rubrique … Une semaine après la publication de l’article, je reçois de la part d’un client un mail, un dimanche, avec une importance « haute » … pour me demander simplement si j’ai des nouvelles. Le lundi matin à 10h00, il téléphone au secrétariat, très mécontent, parce que l’on ne lui a pas encore répondu. Je comprends, c’est scandaleux, un avocat qui ne réponds pas immédiatement à ses mails le dimanche (et pourtant, même le dimanche, je travaille …) et qui ose dormir la nuit au lieu de travailler dans son dossier (par contre, non, en effet, je ne travaille pas la nuit).

PS 2 : Ce n’est pas fini ! Le même jour, un client téléphone à 10h30 pour nous demander quand nous allons répondre à son mail … Nous vérifions … Il a été envoyé à 10h01 … Et le plus drôle, c’est que j’y ai répondu à 10h29 … La prochaine fois, j’essaierai de répondre avant de recevoir la question …

Les gens, s’il vous plaît, allez vous faire soigner !

avocat

Dites, les gens, vous n’en avez pas marre d’être cons ?

La connerie des gens n’a décidément pas de limites et, plus ils sont cons, plus ils se sentent obligés de manifester leur incommensurable connerie dans leurs commentaires.

Quelques exemples …

Une jeune française d’une vingtaine d’années a été enlevée au Yémen. Les parents, effondrés, sont sans nouvelle d’elle depuis plusieurs mois. Commentaire : « bien fai pour elle, elle n’avais qu’à pas y aller ».

Une jeune fille se fait agresser par une personne souffrant de troubles mentaux. L’agresseur lui a baissé sa jupe et lui a arraché brutalement sa petite culotte. Commentaire : « sa, quand on s’habille comme une pute ».

Julien Pierre a été désigné d’office en son temps comme avocat de Marc Dutroux. Il a reçu des milliers de lettres d’injures, de menaces … Sa fille de 11 ans a été tabassée à l’école et s’est retrouvée à l’hôpital. Commentaire : « c’est bien fait, il fallait s’y attendre quand on défend un monstre. Il n’a que ce qu’il mérite ».

S’il vous plaît, les gens, si vous n’avez qu’une intelligence limitée et pas la moindre bienveillance envers les autres, ne vous sentez pas obligés de faire ainsi l’étalage de votre bêtise !

Et dire que ces gens vont voter, qu’ils sont susceptibles d’être pris comme jurés dans une Cour d’Assises …

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Les avocats n’ont de leçon à recevoir de personne !

Une cliente nous consulte parce qu’elle est en litige avec son avocat. Celui-ci ne lui a pas exposé le mode de calcul de ses états de frais et honoraires lorsqu’elle l’a rencontré alors que c’est une obligation déontologique. A la clôture du dossier, l’avocat lui réclame un état de frais et honoraires de 991,00 €. La cliente ne conteste pas ce montant mais s’étonne que son avocat n’ait pas déduit les deux provisions de 350,00 € et 300,00 € qu’elle avait versées. L’avocat lui demande de lui fournir la preuve de ces versements, ce que la cliente a naturellement pu faire sans le moindre problème puisqu’elle avait payé ces montants par virements bancaires. L’avocat réagit en revoyant alors son état de frais et honoraires qui passe alors à … 2.041,00 €. La cliente s’en étonne à juste titre et demande l’arbitrage de la commission des honoraires du Barreau dont dépend l’avocat en question (qui est un ancien Bâtonnier) … Par la suite, l’état de frais et honoraires va encore varier selon l’humeur du jour puisque l’on va parler à un moment donné de 800,00 € puis de 1.641,00 € … La situation restant bloquée, la cliente consulte donc notre cabinet d’avocats.

J’écris logiquement au confrère en lui signalant que je suis tout de même un peu surpris que son état de frais et honoraires ait été modifié à trois reprises dans des proportions aussi importantes et lui demande de s’en tenir à sa première note qui était très raisonnable.

Extraits de la réponse de l’avocat :

Il est exact qu’il y a des confrères qui passent leur temps à critiquer le travail des autres, ce qui est évidemment hautement constructif pour la profession. Je vais donc répondre brièvement à votre courrier, ne souhaitant pas m’attarder beaucoup plus (…). J’ai voulu rester raisonnable, ce qui se retourne contre moi. Quoiqu’il en soit, je remarque votre peu de confraternité et de solidarité. Je pense qu’un coup de téléphone eu été préférable qu’une longue lettre discréditant un confrère, probablement transmise à madame pour faire bonne impression. Quoiqu’il en soit, je suis le conseil de nombreuses compagnies d’assurance, banques et autres sociétés. Je n’ai aucune leçon à recevoir de personne. Cependant, pour faire bref procès, je verse la somme de 409 € sur votre compte tiers, bien évidemment, pour que vous puissiez prélever vos honoraires sur ce dossier qui doit présenter une très grande importance pour vous.

Notre commentaire : tant que les avocats ne feront pas preuve d’un peu d’humilité et qu’ils laisseront leur ego prendre le contrôle de leur vie en leur donnant l’illusion de n’avoir aucune leçon à recevoir de personne, ils ne seront pas vraiment au service des gens mais l’esclave de leur prétention … Le problème de la profession, c’est sa mentalité …

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Le juge Christian PANIER est un pédophile !

Chouette comme titre ! Bien accrocheur à la Sud Presse … Le but est atteint : votre attention a été attirée. Et après ?

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Le juge PANIER, qui fut notamment le Président du Tribunal de première instance de Namur, est-il réellement un sale pédophile ?

Et pourquoi se poser cette question ? Une question ? Non, ce n’en est pas une : c’est une affirmation ! Une certitude, même !

C’est en effet ce que j’ai lu à maintes reprises dans les commentaires de nombreuses personnes qui ont estimé devoir réagir lorsque la presse a signalé à ses lecteurs que l’intéressé accueillait Michèle MARTIN chez lui.

S’il la reçoit chez lui, c’est forcément qu’il est pédophile, lui aussi. Ou alors il couche avec elle. Ou alors c’est parce qu’elle est protégée par la Justice. D’ailleurs, il n’y a pas de Justice en Belgique. C’est bien connu. Tous des pourris, tous des corrompus, même les juges à la retraite qui n’ont plus aucun pouvoir. Faut-il être bête, quand même, pour corrompre un juge qui n’exerce plus cette fonction depuis plusieurs années ! Mais bon, c’est une autre question.

Ceci dit, qu’est-ce qui lui est passé par la tête, à ce juge qui n’en est plus un ?

Vous voulez connaître la réponse à cette question ? Et bien je ne vous la donnerai pas, parce que je ne suis pas Christian PANIER. Lui seul connaît la réponse. Et comme il n’en a aucunement honte, ce salaud, il la donne, cette réponse : parce que c’est conforme à mes valeurs chrétiennes, même si je ne crois plus en Dieu depuis longtemps.

Des valeurs chrétiennes ? C’est Koi ce truc ? Le pardon, la compassion, la bienveillance … vous savez, toutes ces petites choses dont on nous rabat les oreilles mais qui, la plupart du temps, se résument à des paroles creuses et non à des actes ?

Je ne connais pas Christian PANIER. Enfin si, quand même un peu. En tant qu’avocat au Barreau de Namur, ce serait quand même dommage de ne rien savoir de celui qui a présidé pendant plusieurs années le Tribunal de première instance de cet arrondissement.

J’ai même eu l’occasion de lui parler, parfois. Cela ne me donne ni le droit de croire que je connais l’être humain derrière le magistrat, ni celui de le juger.

J’ai néanmoins le souvenir d’un juge parfaitement intègre qui vivait pour la Justice, l’une de ses passions (ou de ses désillusions ?). Quelqu’un qui restait humain, compréhensif à l’égard de l’autre. Un homme qui ne s’autorisait pas à juger un autre homme mais bien, le cas échéant, les actes, les comportements de cet homme, en veillant à rester juste. Non, pas seulement « juste » : Juste, avec un grand J.

C’était un très bon juriste mais cela, on s’en fout car ce n’est pas suffisant pour faire de l’homme un bon juge : il était aussi et surtout un bon juge, non obnubilé par le pouvoir de juger mais bien par le souci de rester humain. Toujours. Sans mépris. N’est-ce pas cela que l’on est en droit d’attendre de la Justice ?

Certes, on pouvait ne pas être d’accord avec lui. Sans doute que, comme tous les magistrats, il a rendu des jugements moins « bons » que d’autres. Mais il l’a toujours fait avec conviction, bonne foi et intelligence. Jamais un jugement absurde ou ridicule ou, pire encore, bâclé. Et ça, ce n’est pas le cas de tout le monde.

Il m’est donc permis de douter, mais cela n’engage que moi, que cet homme-là soit subitement devenu un sale pédophile qui protège sa future maîtresse.

Je vois plutôt dans sa décision une certaine cohérence à l’égard de celui qu’il est ou, à tout le moins, à l’égard de l’image qu’il m’a laissée de lui.

La Justice a condamné Michelle MARTIN. La Justice a estimé, sur base d’un tas de pièces que la plupart des commentateurs du dimanche n’ont évidemment jamais vues (il est tellement plus facile de juger selon ses croyances, intelligentes ou non), que l’intéressé avait purgé sa peine et qu’elle avait le droit de bénéficier d’une libération conditionnelle. Conditionnelle, cela signifie, au cas où on l’oublierait, sous conditions.

Quoi, c’est pas bien ? C’est quoi qui n’est pas bien ? Le fait de ne pas l’avoir condamnée à mort ? Le fait de ne pas l’avoir condamnée à une peine plus sévère ? Peut-être mais, au fond, c’est qui a prononcé cette peine ?

Ah oui, je me rappelle, la Cour d’assises. C’est quoi une Cour d’assises ? Des jurés, des gens comme vous et moi, tirés au sort. Ce sont donc les citoyens qui ont décidé de prononcer cette peine. Vous et moi. Pas un juge professionnel sur son piédestal. Vous et moi. Comment cela, non, pas vous ? Vous, vous êtes certainement plus intelligent(e) que les « monsieur et madame tout le monde » qui ont siégé pendant de nombreuses semaines. Vous, vous n’avez pas vu les pièces du dossier, vous n’avez pas entendu les accusés, vous n’avez pas entendu les parties civiles, vous n’avez pas entendu le Procureur du Roi … mais vous savez sans doute mieux que ceux qui étaient là ce qu’est une peine juste pour cette dame. Ben voyons.

Oui mais elle n’est pas allée au bout de sa peine ! C’est scandaleux ! Oui, peut-être. Mais pourquoi ? Parce que l’on estime que tout être humain est susceptible de prendre conscience de ses actes, de s’amender, d’évoluer, de se réinsérer un jour dans la société, quelle que soit la gravité de ses actes. C’est bête, hein ! Et qui a décidé de cela ? Le législateur. Les hommes politiques. Ceux que vous avez élus. Ce sont eux qui décident des lois. Pas les juges. Les juges n’ont qu’un seul pouvoir : appliquer les lois, qu’elles soient bonnes ou mauvaises. La loi sur la liberté conditionnelle est une mauvaise loi ? Possible. Vous attendez quoi pour voter pour des représentants qui sont prêts à la corriger ou la supprimer ? Non, monsieur, ce n’est pas la faute du Juge PANIER. Lui, il n’a rien eu à dire. Non, madame, il ne s’agit pas de protéger des pédophiles. La loi est la même pour tout le monde. C’est cela, la Justice, justement.

Bref, il faut faire avec ce que l’on a. Michelle MARTIN, je ne le connais pas. Vous non plus, d’ailleurs. Est-ce un monstre ? Oui, peut-être. Ou pas. Est-elle toujours un monstre ? Peut-être, mais sans doute pas. Quoiqu’il en soit, les personnes qui se sont penchées sur son dossier, et qui sont des êtres humains comme vous et moi, pas plus bête que vous (si, si, je vous assure), ont estimé qu’elle pouvait être libérée sous conditions.

Reste à appliquer la mesure. Qui veut bien d’elle ? Pas grand monde … Cela se comprend. Et voilà notre bon juge PANIER qui, soucieux comme il l’a toujours été de respecter la Justice, décide de l’accueillir, non pas dans son lit mais dans un appartement aménagé dans sa maison. Il se dit, l’idiot, que Michelle MARTIN est aussi un être humain et que personne ne sera plus heureux si elle reste croupir dans une prison, même si une majorité de la population pense le contraire.

Oui mais. Elle, elle n’a pas laissé de chance aux filles, à Julie, à Mélissa. C’est vrai. Et elle a été condamnée pour cela. Par vous et moi. On fait quoi alors ? On la laisse en prison ? On l’exécute ? On la laisse mourir de faim ? Cela va vous rendre plus heureux ? Vraiment ? La libérer sous conditions ne nous (vous) empêchera pas de penser que ce qui est arrivé à ces enfants est horrible. Que cela aurait très bien pu être NOS enfants. Oui, c’est vrai et c’est effrayant.

Mais Michelle MARTIN a aussi une maman. Et un papa. Et des enfants. Comme vous et moi. Elle aurait pu être notre fille. Nous pouvons juger ses actes, les détester, en vomir même ! Mais nous ne pouvons pas juger la personne car nous ne sommes pas cette personne. Si nous avions eu son vécu, ses mêmes épreuves de vie, ses faiblesses … nous serions elle et nous serions à sa place. Ben si. Elle a pris de mauvaises décisions au mauvais moment en fonction de ce qu’elle croyait devoir faire. Tiens, n’est-ce pas justement ce que vous faites, vous aussi, en commentant hâtivement l’acte du juge PANIER ? Nous ne sommes pas elle mais nous pouvons, sinon accepter, sinon comprendre son geste, nous pouvons au moins croire en l’évolution de l’être humain qu’elle est et qu’elle reste. On ne comble pas la tristesse de l’être perdu par la vengeance. On ne répare pas la mort d’un enfant par la mise à mort d’un adulte. Même les animaux ne font pas cela dans la nature.

Et c’est le pari du juge Christian PANIER. Michelle MARTIN est un être humain. Il le croit, en tous les cas. Il a raison ? Il a tort ? On n’en sait rien. Peut-être qu’elle n’a pas évolué au fond d’elle. Peut-être que c’est toujours un monstre, à supposer qu’elle l’ait été. Mais peut-être pas, finalement. Et si elle ne l’est pas ou plus, la garder en prison ferait de nous des monstres au même titre qu’elle. Nous ne vaudrions pas mieux qu’elle, en ce cas … Se satisfaire de la mort de quelqu’un, de voir cette personne croupir entre quatre murs … Vous trouverez cela sain, comme motif de satisfaction ? Apprécier le mal fait à autrui ? La prison, oui, s’il s’agit de protéger d’autres être humains. Mais quand il ne s’agit plus de protéger qui que ce soit ?

Conclusion : chacun a le droit de penser ce qu’il veut de Michelle MARTIN. Chacun de nous a le droit de détester cette personne … que nous ne connaissons pas, si ce n’est à travers un acte abject. Chacun de nous a aussi le droit de penser qu’elle aurait dû être condamnée à une peine infiniment plus sévère, qu’il ne devrait pas y avoir de libération conditionnelle pour des gens pareils …

Mais avons-nous le droit de qualifier cet ancien magistrat, qui a le courage de ses opinions et qui a donné sa vie à la Justice, de pédophile, de protecteur ou de corrompu, simplement parce qu’il permet la libération conditionnelle d’un être humain ?

Le pardon, ce n’est pas une des valeurs fondamentales de la société ? Vous préférez la vengeance ? C’est votre droit. Mais moi, je préfère Christian PANIER, même si je ne voterai pas pour le parti dans lequel il s’est engagé (chacun ses convictions, elles sont toutes honorables).

A votre avis, qu’est-ce qui va vous rendre plus heureux ? Laisser Michelle MARTIN mourir de faim dans sa prison, comme Julie et Mélissa, ou faire l’effort de comprendre qu’un être humain, qui est aussi une maman, a pu, un jour, être à ce point désemparée qu’elle a laissé mourir de faim deux adorables petites filles ? Au fond de vous, vous connaissez la réponse … Oui, c’est difficile à comprendre. Vraiment difficile. Et pourtant, c’est ce qui est.

Vous n’y arrivez pas ? Je peux aussi le comprendre. Moi aussi, j’ai beaucoup de mal à faire preuve d’empathie en pareil cas. Mais pour ce qui est du juge ? Est-ce si difficile de comprendre qu’une autre personne puisse avoir une autre vision des choses que vous ? Que vous n’avez pas le monopole de l’intelligence et que ce n’est pas parce que quelqu’un pense différemment de vous qu’il a forcément tort, qu’il est nécessairement idiot ? Il faut du courage pour prendre une telle décision. Christian PANIER a eu ce courage, comme il a eu le courage de dire ce qu’il pensait en tant que juge, quand il l’était encore.

Ce Monsieur a sans doute des tas de défauts, mais il n’a pas celui de l’inintelligence. Alors, qui êtes-vous pour le juger, pour croire que vous savez mieux que lui ce qui est juste ou ne l’est pas ? Qu’est-ce qui vous permet de penser qu’il est pédophile, qu’il est la complice de l’intéressée (si, si, je l’ai lu aussi dans un commentaire …) ? C’est comme cela, un point c’est tout ? Vous en êtes convaincu(e) ? Non mieux encore : vous en êtes certain(e) ! De l’art de confondre ses croyances avec la réalité des choses … Heureusement que tous les juges ne jugent pas selon leurs croyances parce que, si c’était le cas, il n’y aurait effectivement plus de Justice en Belgique.

PS : non, les avocats n’aiment pas les pédophiles. Ils préféreraient mille fois défendre les parents des malheureuses petites victimes ! Et non, je n’ai aucune envie d’accueillir Michelle MARTIN chez moi. Mais je peux reconnaître l’humanité de celui qui a eu ce courage.

Le métier d’avocat n’est pas toujours amusant …

Le quotidien d'un avocat du Barreau de Namur ...

Le quotidien d’un avocat du Barreau de Namur …

Un jour comme un autre, dans un cabinet d’avocats à Namur

8h25. Je lis mes derniers mails. Une charmante avocate me précise qu’elle s’opposera à ce que je dépose les nouvelles pièces qui m’ont été remises par mon client sous prétexte qu’elles ne se trouvaient pas dans l’inventaire de mes conclusions et que je ne dispose plus de délais pour rédiger des conclusions de synthèse. Pour information, mon client vit à l’étranger (Allemagne) et il doit régulièrement partir pour des missions à l’étranger (il a passé pratiquement tout le mois de décembre en Amérique du Sud; il a donc fait le nécessaire à son retour pour rassembler ces pièces qui tendent à répondre à l’argumentation de l’adversaire; le dossier fait 20 cm d’épaisseur). J’explique tout cela à ma consoeur … qui ne veut rien entendre. Il paraît que la confraternité existe entre les avocats … Ah bon ?

8h35. Une autre avocate téléphone au cabinet. Procédure de divorce. Audience le lundi 5 janvier 2015. Je lui ai signalé que mon client ne s’opposerait pas au divorce mais que, pour le reste, notamment les pensions alimentaires, il faudrait faire acter un calendrier de procédure pour que chacun puisse faire valoir son argumentation dans des conclusions. Elle m’écrit le dimanche à 18h30, la veille, pour me dire qu’elle est d’accord sur ces modalités et qu’elle souhaite que mon client soit présent à l’audience d’introduction pour faire acter le divorce (les parties sont séparées depuis 5 ans). Je lui réponds le même jour à 18h31 pour confirmer qu’elle peut me faire remplacer par un confrère présent à la barre pour m’éviter un déplacement inutile (pratique courante chez les avocats qui tend à limiter les frais de défense pour le client) … Un dimanche, donc … J’essaie de joindre parallèlement mon client mais n’y arrive pas. Le lundi, elle téléphone donc, furieuse, parce que mon client n’est pas présent à l’audience … « Je saurai m’en souvenir ». Si cela peut la rendre plus heureuse …

8h45. Un client m’envoie un mail: « Pour ce qui est de ma défense , oui j’ai été très mal représenté et je pense que vos honoraires ne valent absolument pas votre prestation, vous êtes un profiteur , vous vous faites de l’argent sur le compte de gens comme moi ». Pour information : une procédure a été lancée quelques mois plus tôt et un calendrier de procédure a été acté. Nous sommes actuellement au stade de l’échange des conclusions mais, à ce moment, rien n’a encore été échangé, ni d’un côté, ni de l’autre, puisque nous sommes au début de la procédure. Le client a décidé subitement de changer d’avocat après m’avoir demandé de tenir le dossier en suspens. Il n’y a donc rien eu de particulier dans ce dossier, si ce n’est quelques consultations, quelques courriers et une citation … Mais bon, il paraît que le client a été « mal représenté » …

9h10. Je prends connaissance d’un mail d’un client dans un dossier de recouvrement de créances. Nous avons obtenu un jugement favorable et nous sommes au stade de l’exécution de la décision. L’Huissier s’est présenté sur place et a établi un rapport succinct de la solvabilité du débiteur : maison modeste, surface mobilière faible, récupération incertaine. Le client est fâché : « à quoi cela sert de faire appel à un avocat si c’est pour ne rien obtenir ? ». C’est sûr, c’est la faute du cabinet d’avocats si le client est peu solvable …

10h10. Notre cabinet d’avocats offre un service de consultations juridiques gratuites via notre site.

Nous recevons en moyenne 10 à 20 mails par jour dans le cadre de ce service qui, je le répète, est totalement gratuit.

Un internaute nous a envoyé un mail le vendredi 2 janvier 2015 à 23h59. Le lundi, à 10h10, il nous en a envoyé un autre : « A quoi ça serre de faire se service si s’est pour ne pas répondre ? ».

Désolé, cher monsieur, mais les avocats ont aussi, parfois, une vie de famille le week-end, même s’il leur arrive de répondre quand même aux mails urgents. Je sais, c’est insupportable. Comment peut-on accepter qu’un avocat ne soit pas en permanence disponible ?

11h25. Un client téléphone au secrétariat de notre cabinet d’avocats.

Le client : « Je voudrais avoir une réponse à mon mail ».

La secrétaire : « Oui, bien sûr, Monsieur. Pouvez-vous me dire quand vous l’avez envoyé ? ».

Le client : « Ce matin ».

La secrétaire : « Ah, ce matin … Me SMETS ne manquera pas d’y répondre dès qu’il en aura pris connaissance. Nous recevons beaucoup de courriers. Merci de nous laisser le temps d’y répondre ».

Le client raccroche, furieux de ne pas avoir obtenu une réponse immédiate. Après vérification, il est apparu que le mail nous a été envoyé à 11h21 …

Dites, les gens … Si vous respiriez un peu ?

Bon, quant à moi, je vais aller jeter un coup d’oeil sur les offres d’emploi … Masseur. c’est bien, masseur, non ?