LEGALEX Namur

A quoi servent les avocats ? A rien …

A rien du tout, même, si vous ne voulez pas écouter leurs conseils et que vous voulez n’en faire qu’à votre tête.

Lorsque l’on consulte un avocat, en règle générale, c’est parce que l’on est confronté à un problème juridique et que l’on souhaite connaître l’avis objectif et motivé d’un professionnel du Droit ou obtenir son assistance si un procès est en cours ou sur le point d’être intenté.

Malheureusement, de plus en plus souvent, les clients s’imaginent qu’ils connaissent tout mieux que leur avocat qui, à leurs yeux, est un crétin qui ne comprend décidément rien ou quelqu’un de totalement incompétent … lorsqu’il ne va pas dans leur sens.

Le problème, c’est effectivement qu’un avocat se doit de rester objectif et qu’il a l’obligation, lorsqu’une procédure ne présente pas de chances sérieuses de succès, de le dire clairement au client. Si celui-ci est à côté de la plaque juridiquement – et oui, cela arrive … – il se doit de l’en avertir plutôt que de lui donner de faux espoirs. C’est aussi une question d’honnêteté.

Un avocat, ce n’est pas un miroir ou un enregistreur qui répète inlassablement ce que le client a envie d’entendre. Ce serait, certes, infiniment plus confortable … mais ce ne serait pas correct.

Il m’arrive assez régulièrement de me battre littéralement avec les clients qui n’écoutent rien et qui rejettent systématiquement ce qui ne leur plaît pas. Ces gens, qui sont dans le déni, sont extrêmement pénibles parce que, quoiqu’on leur dise, quoique l’on fasse, ils n’en tiennent aucunement compte, persuadés qu’ils ont raison et que leur avocat a forcément tort puisqu’il n’est pas du même avis qu’eux. Ils ne sont, bien sûr, jamais content et, lorsque le jugement est prononcé, s’il ne leur est pas favorable, c’est forcément parce qu’ils ont été mal défendu par leur avocat … qui les avaient pourtant prévenu que cela se passerait de cette manière.

Un exemple concret.

Mr et Mme X achètent une maison. Ils contractent à cette occasion trois crédits : deux crédits hypothécaires et un crédit à la consommation. Quelques années plus tard, ils revendent leur maison. Très logiquement, le notaire interroge la banque puisqu’il faut obtenir la levée de l’hypothèque. La banque envoie le décompte du solde restant dû des deux crédits hypothécaires et précise, cela va de soi, que l’hypothèque sera levée si le prix de vente est affecté prioritairement au remboursement de ces financements. Le notaire perçoit le prix. La banque obtient le paiement des sommes dues. L’hypothèque est levée. C’est d’une banalité absolue. Reste le troisième crédit, le crédit à la consommation. Pour une raison que l’on ignore, les clients ne remboursent plus les mensualités de ce prêt après la vente de leur maison. Et la banque perd le dossier de vue … Quelques années plus tard, elle se rend toutefois compte que ce crédit n’a pas été remboursé. Elle adresse des rappels aux clients … qui ne les reçoivent pas car ils sont envoyés à leur ancienne adresse (normal : les clients ont déménagé mais n’ont pas communiqué leur nouvelle adresse à la banque). Comme il n’y a pas de réponse, la banque finit par mandater un Huissier de Justice … qui retrouve naturellement la trace des personnes concernées. Il leur adresse une mise en demeure. Pas de réponse. La banque assigne les clients. C’est à ce moment que nous sommes consultés. Après avoir pris connaissance des pièces du dossier, j’explique aux clients que la dette n’est pas sérieusement contestable, que le décompte de la banque est correct, qu’il faudrait formuler une proposition de remboursement, etc. Je soulève tout de même la prescription des intérêts après 5 ans, mets en évidence la négligence de la banque qui a oublié le dossier pendant plusieurs années, etc. La banque se rallie à mont point de vue et, de bonne composition, elle accepte de ne pas comptabiliser d’intérêts au-delà de 5 ans (les clients ont ainsi gagné plusieurs années d’intérêts), limite les frais au minimum, renonce à réclamer la dénonciation du crédit avec les majorations prévues dans les conditions générales … alors que, il ne faudrait tout de même pas le perdre de vue, les clients sont clairement en faute de ne pas avoir poursuivi le remboursement des mensualités du crédit comme ils auraient normalement dû le faire.

C’est assez inespéré pour les clients. Je m’attends donc à ce qu’ils soient reconnaissants pour le résultat obtenu dans le cadre des échanges entre avocats. Je leur demande (pour la 132ème fois) de formuler une proposition de remboursement en leur expliquant que, s’ils ne le font pas, le Tribunal risque de considérer qu’ils ne sont pas de bonne foi puisqu’ils ne daignent pas payer spontanément une dette qui n’est pas contestable ni contestée.

Réponse des emprunteurs (je vous épargne les nombreux courriers échangés et ne reproduis ici que le dernier) :

Au risque de me répéter, je demande depuis la réception du premier courrier de Maître Y :

– les raisons pour lesquelles les soldes de tous les prêts, comme demandé par le notaire et moi-même, n’ont pas été transmis à ce dernier.
– les raisons pour lesquelles aucun rappel ne m’a jamais été envoyé
– un décompte actualisé

Je me permets de vous rappelez que je vous ai à l’époque informé de cette demande.

Sauf erreur de ma part, j’attends toujours….alors pourquoi aurai-je fait preuve de bonne volonté ?

Par contre, et je le déplore, mais à vous lire, je suis le seul coupable…

Vous ne m’ enlèverai pourtant pas de la tête que la banque a également pas mal de choses à se reprocher.

Voilà donc des gens qui ne remboursent pas leur crédit, qui obtiennent des concessions assez inespérées de la part de la banque (et on sait pourtant à quel point celles-ci peuvent parfois être bornées, intransigeantes …) et qui refusent obstinément de formuler la moindre proposition pour régulariser la situation : ils préfèrent se plaindre de la banque, de leur avocat … Ils me demandent d’ailleurs de réclamer des dommages et intérêts (pourquoi, parce qu’ils n’ont pas remboursé leur crédit ?) et de solliciter la condamnation de la banque à supporter elle-même les frais de justice (alors que la demande est fondée …).

J’ai beau leur expliquer que, s’ils ne proposent rien, ils vont être condamnés à rembourser le tout en une fois, la banque ne renoncera pas à réclamer les majorations prévues à titre de pénalité, etc., ils ne veulent rien entendre et me gratifient du sempiternel : « Vous êtes de leur côté ou du nôtre ? ». C’est précisément parce que je suis de votre côté que j’essaie en vain de vous faire comprendre que vous êtes à côté de la plaque et que vous allez en prendre plein la figure si vous ne voulez pas suivre mes conseils !

Rien n’y fait, ces gens campent sur leur position. Ils sont persuadés que leur avocat est un incapable, parce qu’il ne veut pas leur dire pas ce qu’ils veulent entendre. Soit. Mais, en ce cas, je me permets de poser la question : à quoi servent les avocats ? A rien si vous n’écoutez pas leurs conseils et que vous pensez connaître le Droit et le fonctionnement de la Justice mieux qu’eux parce que vous avez lu, un jour, un article juridique dans le Femme d’aujourd’hui du mois de mars 1986 alors que vous attendiez dans la salle d’attente de votre médecin.

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