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C’est quoi, un bon juge ?

Bonne question. Pour l’illustrer, je vais me permettre de partir d’un exemple concret. Une couple divorcé depuis longtemps. Deux enfants qui ont aujourd’hui 20 et 22 ans. Ils sont actuellement en 4ème et en 5ème à l’école professionnelle. Ils ne foutent rien à l’école. Ils passent leur temps à dormir pendant la journée et à jouer en ligne sur leur ordinateur. Ils n’ont plus le moindre contact avec leur papa depuis des années. Le papa a, quant à lui, refait sa vie. Il s’est remarié. Il a une fille de 13 ans. La personnalité de cet enfant est à l’opposé de celle de ses deux demi-frères qu’elle ne connaît pas. Elle a de très bons résultats scolaires. C’est une jeune fille courageuse qui a une vraie passion : l’équitation. Ses parents ont décidé de l’inscrire, à sa demande, à l’internat pour qu’elle puisse poursuivre un sport-études dans ce domaine. Les parents travaillent tous les deux. Ce n’est pas facile tous les jours, l’internat coûte cher, mais ils font l’effort pour elle avec le sourire parce qu’elle le mérite.

La maman des deux garçons ne travaille pas. Sa situation financière est, c’est vrai, très précaire. Elle réclame une augmentation de la contribution alimentaire pour ses deux garçons parce que leurs besoins ont augmenté au fil du temps, ce qui est vrai également. On peut le comprendre, si l’on se place de son côté : ce n’est pas facile non plus tous les jours pour cette dame.

Le papa est réticent : ses fils sont, certes, à l’école mais leur parcours scolaire est pour le moins chaotique. Ils ne font aucun effort, vont aux cours quand ils y pensent, vivent en décalage horaire, passent leur vie à jouer sur leur ordinateur … Il n’a donc pas très envie de compromettre le sport-études de sa fille pour récompenser l’oisiveté de ses fils par le biais de l’augmentation d’une contribution alimentaire qui va inévitablement compromettre l’équilibre financier du ménage. En d’autres termes, s’il est condamné à payer les montants qui lui sont réclamés, il ne pourra plus continuer à payer le sport-études de sa fille. C’est soit l’un, soit l’autre. Il ne veut pas sanctionner sa fille. N’est-ce pas compréhensible ?

Devant le Tribunal de la Famille de Liège, la maman obtient gain de cause et le juge en profite pour fustiger l’attitude du papa en lui reprochant ses propos jugés scandaleux sur ses fils. En substance : c’est un mauvais père qui veut privilégier sa fille au détriment de ses deux fils. Ceux-ci ont 20 et 22 ans. Ils sont en 4ème et en 5ème mais, apparemment, c’est normal et on ne peut pas le dénoncer. Soit. Le méchant, c’est donc le papa.

Le papa fait appel de ce jugement qu’il trouve profondément injuste. Je rédige 43 pages de conclusions. Mon but est d’exposer le point de vue de ce papa. Son ressenti. Son sentiment d’injustice. Il a le sentiment que l’on favorise deux enfants qui ne font pas beaucoup d’efforts et qui, à ses yeux, n’ont pas beaucoup de mérites, au détriment d’une jeune fille courageuse, travailleuse, pleine de talent, qui fait ce qu’il faut pour réussir ses études et s’adonner à sa passion. Il y a, bien sûr, dans mes conclusions, une argumentation juridique avec, notamment, un rappel de la jurisprudence dite du « prince-étudiant » (en résumé : pour pouvoir revendiquer une contribution alimentaire lorsque l’on est majeur, il faut poursuivre ses études avec un minimum de sérieux et ne pas faire semblant de suivre une formation dont on se fiche éperdument).

Le dossier est plaidé devant un juge de la Cour d’appel de Liège. Une dame parfaitement désagréable comme le sont malheureusement beaucoup trop souvent les magistrats (je ne comprends pas pourquoi mais c’est ainsi). Peu importe.

A un moment donné, le juge demande au client si c’est lui qui a rédigé les 43 pages de conclusions. « Je vous pose la question parce que, normalement, un avocat est censé apporter une plus-value juridique à ses clients et, là, je ne vois rien. 43 pages de conclusions ou rien, c’est la même chose ».

En d’autres termes, pour ce magistrat, un bon avocat, c’est quelqu’un qui apporte une plus-value juridique à ses clients. On en déduira a contrario que si le juge ne perçoit pas cette plus-value juridique, l’avocat qui a rédigé de telles conclusions n’est forcément pas un bon avocat. Bref, ce que nous révèle ce juge à travers sa remarque, c’est ceci : « moi, en tant que magistrat, je suis en mesure d’apprécier les compétences juridiques de votre avocat rien qu’en lisant ses conclusions, et, en l’espèce, je m’estime plus compétente que lui puisque je me permets de porter un jugement de valeur sur lui ».

C’est un point de vue. Je ne le partage pas. La question n’est pas de savoir si le juge en question est plus compétent sur le plan juridique que moi. Cela, tout le monde s’en fiche, moi y compris. Je suis peut-être un mauvais avocat. C’est possible. Et après ? C’est mon problème … (ou pas). Ce qui me dérange, c’est qu’un magistrat puisse s’autoriser de telles remarques parce que, quand j’entends ce genre de conneries, je ne peux m’empêcher de me poser la question : si un bon avocat est un juriste qui apporte une plus-value juridique à ses clients, c’est quoi, alors, un bon juge ?

Un bon juge – mais cela n’engage que moi et ce n’est qu’une réflexion qui n’a pas d’autre importance que celle que je lui accorde – c’est quelqu’un qui juge le dossier qui lui est soumis et non les personnes ou leurs avocats parce que, précisément, ce n’est pas ce qui lui est demandé. Son opinion personnelle sur les gens qu’il ne connaît pas, ne lui en déplaise, on s’en fout totalement …

Son rôle, c’est juger. Juger un litige, lui offrir une solution juridique. C’est tout ce qui lui est demandé : aider les gens à régler leurs différends parce qu’ils n’ont pas réussi à le résoudre eux-mêmes. Il est au service des justiciables. Il n’a assurément pas à juger ceux-ci. Pas plus qu’il n’a à juger les qualités juridiques de leurs avocats. 

Désolé de le dire mais, quand un juge perd de vue ce qui précède, quand il commence à juge les gens au lieu de juger les faits, il m’est difficile de penser que ce magistrat est un bon juge parce que, de toute évidence, il n’a rien compris à sa mission.

Un bon juge, s’est aussi quelqu’un qui se donne le temps de la réflexion. Il évite les jugements dictés par l’émotion ou par son ego. Il prend de la distance par rapport au dossier et s’efforce de faire preuve d’objectivité en réfléchissant aux conséquences de ce que sera sa décision, son jugement, son arrêt. Juger les gens ou leurs avocats au lieu des faits n’est déjà pas, en soi, une preuve de grande intelligence émotionnelle. Le faire sans rien connaître son interlocuteur, sans rien savoir de sa vie, de son parcours universitaire, de son expérience professionnelle, de ses réelles compétences, juridiques ou autres, c’est se livrer à un jugement aussi arbitraire que hâtif … et ce n’est certainement pas ce que l’on est en droit d’attendre d’un bon juge, un jugement irréfléchi qui ne repose sur rien d’autre qu’une croyance purement subjective !

Certes, ce magistrat est peut-être très compétent juridiquement. Il a peut-être, sans doute même, des tas de compétences juridiques que je n’ai pas. Mais, à n’en pas douter non plus, j’ai aussi des tas de compétences juridiques qu’elle n’a pas … On est toujours le con d’un autre … Personne ne peut se vanter d’être compétent dans tous les domaines. On peut être brillant dans tel domaine et être nul dans tel autre. Je me plais à croire que je possède des tas de compétences que cette brave dame n’a pas, et inversement. Se croire plus compétent que l’autre, rabaisser l’autre pour se valoriser alors que, en réalité, on ne sait rien de ses réelles compétences, ce n’est rien d’autre que flatter son ego, se livrer à un jugement de valeur qui n’honore en rien son auteur. Ce n’est pas cela, être un bon juge. Un bon juge, c’est quelqu’un qui prend le temps de la réflexion en faisant preuve d’un minimum d’humilité.

Un bon juge, c’est aussi et surtout quelqu’un qui fait preuve d’humanité. Il évite de juger les gens, il les respecte. Il fait preuve d’empathie. Il n’oublie jamais que, derrière le dossier qui lui est soumis, il y a des gens qui sont en souffrance, il y a des êtres humains. Un bon juge, ce n’est pas quelqu’un qui applique bêtement une règle de droit. Ce que les justiciables demandent, ce n’est pas de faire application d’une formule mathématique : ils veulent que leur souffrance soit entendue, comprise, respectée. Ils veulent de l’humanité, pas du droit pour du droit. Le Droit, ce n’est jamais qu’un ensemble de règles applicables à un moment donné pour faciliter la vie en société. Cela n’a rien à voir avec la Justice. Le Droit est au service de l’Homme et non l’inverse. Un juge qui ne fait pas preuve d’empathie, qui oublie le côté humain du dossier, qui ne fait que du droit, aveuglément, sans considération aucune pour les parties, ce n’est pas un bon juge. Je préfère mille fois un magistrat faisant preuve d’un peu d’humanité à un juriste complètement obtus qui perd l’essentiel. Si un bon avocat est censé apporter une plus-value juridique à ses clients, un bon juge est quelqu’un qui règle juridiquement un conflit avec un minimum d’humanité et un peu de bon sens, sans vouer un culte au Droit mais en recherchant constamment l’idéal de Justice.

Ceci étant dit, juger l’autre plutôt que juger les faits, c’est très humain, mais pas dans le bon sens du terme. Juger, c’est opérer une distinction, c’est identifier qui je suis (ou, plutôt, qui je pense être) et qui est l’autre (ou, plutôt, qui je pense qu’il est). C’est en quelque sorte donner un sens à sa personne, la différencier de l’autre, se donner de l’importance au détriment de l’autre. Le problème, c’est que, le plus souvent, on passe de l’altérité à l’altération : on pollue son jugement en dévalorisant l’autre pour se donner l’illusion d’être supérieur à cet autre. C’est exactement ce qu’a fait ce magistrat en formulant cette remarque …

Ce que l’on perd de vue lorsque l’on adopte un tel comportement, c’est que, lorsque l’on juge l’autre, on ne fait rien d’autre que porter en réalité un jugement de valeur sur soi ! La remarque du magistrat révèle bien plus de choses sur sa personnalité que sur mes compétences juridiques ! Laisser sous-entendre au justiciable que son avocat est un mauvais avocat, qu’il n’apporte pas de plus-value juridique à son client, c’est se déclarer meilleur que lui, meilleur juriste, plus compétent. Cela traduit non pas un complexe de supériorité dans le chef de ce magistrat mais, bien au contraire, un manque de confiance en soi, une manque d’estime de soi, un complexe d’infériorité puisque, précisément, il ressent le besoin irrésistible de se déclarer lui-même publiquement supérieur à cet avocat … Les gens compétents, humbles, n’ont pas besoin de l’affirmer haut et fort pour mieux s’en convaincre : ils le sont et cela leur suffit … Ils n’ont pas besoin de la reconnaissance des autres parce qu’ils savent que leurs actes parlent pour eux-mêmes et que l’opinion d’autrui ne détermine pas ce qu’ils sont.

Le jugement sur l’autre, c’est au final très confortable comme attitude : cela évite de devoir se remettre en question. Si l’autre est un piètre juriste, j’en déduis que, moi, je suis compétent. Je ne dois donc plus me remettre en question : je suis parfait, meilleur que l’autre, c’est bon. Si vous pensez que telle maman élève mal ses enfants, vous ne parlez pas vraiment de ses capacités éducatives – vous ne vivez pas avec elle, d’ailleurs – mais vous ne parlez que de vous. « Moi, je n’aurais pas élevé mes enfants de cette manière, j’aurais fait mieux, j’aurais fait autre chose. Je suis meilleur parent qu’elle, je suis une meilleure maman … je n’ai pas à me remettre en question, c’est elle qui devrait le faire ». Ah bon, vraiment ?

Reconnaître que l’autre puisse agir différemment, qu’il a d’autres valeurs, qu’il pense de manière différente, qu’il a d’autres croyances … c’est, il est vrai, très déstabilisant. C’est partir du principe que l’autre ne peut faire « bien » que s’il fait pareil. C’est opérer une distinction entre l’autre (pas bien) et moi (super). C’est très humain, c’est très égotique. Ce n’est en réalité qu’une projection de soi sur l’autre : moi, je fais bien. J’évolue dans le bien, le bon, le beau, le juste et si l’autre ne fait pas la même chose que moi, il a forcément tort, ce con !  C’est tellement confortable de le penser. Est-ce intelligent ? Pas vraiment.

Nous éprouvons tous le besoin de nous prouver à nous-mêmes que nous existons pour donner un sens à notre vie. Mais certains ont un tel manque de confiance en eux, tellement peu d’autonomie, tellement peu de conscience de soi en tant que sujet à la fois semblable et différent de l’autre, qu’ils passent leur temps, pour exister, à être en lutte permanente contre les autres. C’est un combat acharné, vain, inutile pour imposer une identité qu’ils ont beaucoup de mal à trouver au fond d’eux-mêmes.

Grandir, évoluer, c’est en prendre conscience. Ne plus se livrer à des jugements de valeurs hâtifs sur autrui mais réaliser un travail sur soi pour se rendre compte de la bêtise de nos jugements, comprendre notre mode de fonctionnement pour mieux assumer notre part d’ombre. Prendre conscience que si notre jugement cesse d’être une simple différenciation, s’il devient un jugement de valeur, s’il devient hâtif, arbitraire, subjectif, fonction de son propre vécu, s’il n’a pas d’autre but que de se donner un sentiment de supériorité, de rabaisser l’autre pour se valoriser, on est totalement à côté de la plaque : on s’égare, on est un mauvais juge de sa propre personne.

Juger l’autre, prononcer une sentence blessante à l’encontre de l’autre qui ne vous a rien demandé, c’est adopter un comportement toxique qui n’apporte rien d’utile à qui que ce soit. Faut-il avoir une vie pauvre que pour ressentir ainsi le besoin de juger celle des autres ? Ces personnes s’évertuent à donner un avis non sollicité sur les autres, non pas avec bienveillance pour leur apporter quelque chose, mais uniquement en se basant sur des généralisations qui ne reposent le plus souvent sur rien mais les ancrent dans le réductionnisme, la bêtise et la subjectivité.

Leurs valeurs – en soi louables – ne leur apportent pas la paix, pas plus qu’ils ne les utilisent efficacement pour aider leur entourage : ils s’en servent uniquement pour juger les autres en permanence, pour satisfaire leur ego, pour asseoir une supériorité de façade. Ce n’est pas la preuve d’une grande intelligence émotionnelle.

En définitive, on ne parle jamais que de soi. Quand on porte un jugement de valeur sur l’autre, on ne fait que révéler à l’autre ses pensées, ses croyances, ses conditionnements, ses limites. Quand on dit d’une oeuvre d’art qu’elle est moche, on ne donne pas un avis objectif sur cette oeuvre mais on ne fait que traduire une pensée, un ressenti. Une peinture est une peinture. Elle n’est ni belle, ni moche. C’est nous qui lui donnons un sens, qui l’interprétons à notre manière en fonction de notre vécu. Or, le sens des uns n’est pas le sens des autres. Il n’y a ni pensée, ni croyance universelle. Ce n’est pas parce que vous trouvez que cette peinture est moche qu’elle est moche. Ce n’est pas parce que vous trouvez que tel comportement est blâmable qu’il l’est : si vous étiez à la place de cette personne, si vous aviez le même vécu, vous auriez assurément le même comportement qu’elle. Vous n’êtes pas à la place de l’autre : respectez donc cette personne, ne la jugez pas ! Ne croyez pas que vous savez mieux qu’elle ce qui est bien ou mal, ce qui se fait ou ne se fait pas, ce qui est bon pour elle ou ne l’est pas. Ce serait très prétentieux de votre part que de vous croire au-dessus d’elle, un peu comme si vous aviez le monopole de l’intelligence, du bon sens, du bon goût.

Bien sûr, il y a des comportements que vous n’aimez pas parce qu’ils heurtent, à tort ou à raison, vos valeurs. Et vous avez peut-être raison. Vous pouvez éprouver de la sympathie pour votre voisin et détester ce petit couillon qui habite de l’autre côté de la rue parce que, franchement, ce type est vraiment détestable. Fort bien : personne ne vous oblige à passer la Noël avec lui. Où est donc le problème ? Les gens que vous appréciez, vous les côtoyez. Les personnes que vous n’aimez pas, vous les évitez. C’est très bien comme cela. Maintenant, ne perdez pas votre temps et votre énergie à vous en plaindre, à les juger, à les rabaisser. Cela ne vous apporte rien à vous. Cela n’apporte rien non plus à votre interlocuteur, celui qui écoute vos doléances. Cela n’apporte rien à la personne que vous dénigrez et qui n’en est peut-être même pas informée. Entre nous, vous trouvez cela intelligent de faire constamment des choses parfaitement inutiles ? Cela vous rend heureux ? Quand vous vous plaignez de l’autre, quand vous le juger, vous avez le sourire ? Vous passez un bon moment ? Non, même pas ? Vous faites donc des choses qui ne servent à rien et qui ne vous rendent pas heureux ? Vous m’expliquez pourquoi ? Vous le savez mais vous continuez quand même à le faire, encore et toujours? Vos remarques n’apportent rien à personne, elles ne règlent pas le problème, elles n’ont pas pour effet de changer l’attitude de l’autre que vous n’aimez pas, elles ne vous rendent pas heureux (bien au contraire) … mais vous continuez quand même à le faire ? Vous trouvez cela malin ?

Bref, en conclusion : un bon juge, c’est avant toute chose une bonne personne. Un être humain altruiste qui fait preuve d’empathie et qui respecte les gens plutôt que de porter des jugements de valeur hâtifs sur des personnes dont il ignore tout. C’est bien plus important que d’être un bon juriste. 

PS : en rédigeant cet article, je porte aussi un jugement de valeur sur le degré de développement personnel du magistrat en question. J’en suis parfaitement conscient mais c’est mon ego qui m’a obligé à le faire 😉 Bref, quand je ne rédigerai plus ce genre d’articles pour me plaindre de mon pauvre sort, j’aurai vaincu mon propre ego. En attendant, j’ai encore perdu … mais je me consolerai en me disant que vous en retirerez peut-être, vous-même, quelque chose (?).

 

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