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L’état d’esprit des juges est le vrai problème de la Justice !

Tribunal correctionnel de Namur. Audience prévue le 25 mai 2018 depuis plusieurs mois. La veille, le greffe nous prévient que le dossier ne pourra pas être plaidé comme prévu et qu’il sera reporté d’office. On ne sait pas pourquoi mais ce n’est pas grave, ce sont des choses qui arrivent. Afin de ne pas se déplacer pour rien, puisque tout le monde sait que le dossier sera remis à une date ultérieure, certains avocats, qui viennent de loin, écrivent au greffe pour lui demander de leur communiquer la date qui sera finalement retenue pour les plaidoiries. On leur répond qu’ils n’ont qu’à se faire remplacer à l’audience …

Le dossier est reporté au 5 octobre 2018. Les avocats qui sont venus à la précédente audience ont été prévenus à l’occasion de celle-ci. Les autres, ceux qui ne se sont pas déplacés inutilement pour entendre uniquement la date de report, n’ont jamais reçu le moindre avis de fixation alors qu’ils l’avaient pourtant demandé. Résultat : certains avocats apprennent le jour même que le dossier est fixé ! Comme les avocats ont rarement un seul dossier et qu’ils ne disposent pas du don d’ubiquité, ils passent à l’audience pour demander de retenir le dossier jusqu’à leur arrivée vers 11h00. En principe, les audiences durent toute la matinée, cela ne devrait donc pas poser de problème. On leur répond sèchement qu’ils doivent se débrouiller pour être présent quand le dossier sera appelé et que, s’ils ne sont pas là, le juge prendra le dossier sans eux. Comme tous les juges disent la même chose à toutes les audiences, il est clair, une fois encore, que les avocats ne peuvent pas être partout en même temps mais, de toute évidence, les magistrats s’en fichent totalement et semblent éprouver un plaisir malsain à râler et à engueuler les avocats qui osent leur expliquer que ce n’est pas possible, même avec la meilleure volonté du Monde.

Bref, les avocats ont préparé le dossier pour rien pour l’audience du 25 mai 2018. Le dossier est reporté sans qu’on leur demande leur avis et sans que le greffe se donne la peine de communiquer la date de report aux avocats qui ne se sont pas déplacés pour rien aux frais de leurs clients. Et le jour de l’audience de remise, alors que le dossier peut normalement être pris à n’importe quel moment de la matinée, il leur est dit qu’il sera pris sans eux s’ils ne sont pas là à telle heure, même s’ils ont d’autres audiences prévues à d’autres endroits … où on leur tient le même discours sympathique. Deux poids, deux mesures.

Tribunal de commerce de Nivelles (non, pardon, il faut utiliser la nouvelle bête terminologie qui ne ressemble à rien : Tribunal de commerce du Brabant Wallon). Même topo. On est prévenu la veille que les dossiers ne pourront pas être plaidés comme prévu et qu’ils seront reportés à une date ultérieure. Cela fait des mois, voire des années, que les gens attendent l’issue de leur procès mais tout le monde s’en fout complètement : c’est comme ça, ce sera reporté, qu’on le veuille ou non. Très bien. Nous écrivons donc au greffe pour leur demander de nous faire remplacer par un confrère présent dans la salle pour assurer cette remise parce que, faire le trajet jusqu’à Nivelles et perdre toute une matinée facturée à ses clients, uniquement pour s’entendre dire que le dossier est reporté à telle date, c’est franchement idiot. Réponse du Tribunal : nous ne sommes pas à votre service, si vous voulez connaître la date de remise, vous n’avez qu’à venir à l’audience … à laquelle on sait qu’il ne se passera rien du tout ! Et, bien sûr, on se fait engueuler parce que l’on a osé formuler cette demande pourtant légitime.

Allez, encore un exemple. Tribunal de la Famille de Namur. Audience d’introduction. Ma collaboratrice m’explique qu’elle s’est fait engueuler – c’est le terme le plus approprié – par le juge parce que j’ai osé lancrr une procédure par citation et non par requête (ce qui est parfaitement légal et prévu par le Code judiciaire mais bon …). Le juge a d’abord fait semblant de ne pas la connaître alors qu’elle a pourtant déjà plaidé des dizaines de fois devant elle. « Vous êtes qui, vous ? ». Voilà une question agréable posée sans la moindre agressivité et avec respect ! Ensuite, elle a continué en chantant son refrain habituel : « et Me SMETS, il ne peut pas se déplacer à l’audience ? » et autres conneries du genre. J’en passe et des meilleures : chaque phrase est une pique. Exemple : c’est quoi, tout ce bla-bla ? en parlant du contenu de la citation. Cela, Madame la Juge remplie d’empathie, c’est le cri de douleur d’une Mammy qui est triste de ne plus voir sa petite-fille parce les parents n’acceptent pas que la brave dame ait rencontré quelqu’un et qu’elle l’ait accueilli chez elle. De l’art de se réjouir du bonheur affectif de ses proches … Donc, c’est cela, apparemment, le rôle d’un magistrat ? Agresser les justiciables, les avocats ? Se montrer constamment désagréable, infect ? Je croyais naïvement que le rôle d’un juge, c’est juger … Apparemment, non, il s’agit surtout de flatter son ego en se donnant l’illusion d’une supériorité qui n’existe que dans son imagination, tout cela parce que l’on est magistrat. Et après ? Magistrat, juge, architecte, médecin, secrétaire, cuisinier, garagiste … ce ne sont que des métiers. S’identifier à son métier et en tirer une gloriole personnelle, c’est se livrer à une confusion de niveaux logiques : c’est confondre ce que l’on est et ce que l’on fait … En tout état de cause, ce juge fort sympathique n’a visiblement pas compris que c’est celui ou celle qui méprise l’autre qui est toujours l’être le plus méprisable …

Mesdames et Messieurs les juges, malgré tout le respect (sincère) que je porte à votre fonction, vous avez tout faux.

Vous vous plaignez constamment du peu de considération des politiques pour la Justice, du manque de moyens, du coût trop élevé de cette Justice … mais vous obligez les gens à payer leur avocat à perdre une matinée complète pour rien, parce que vous n’êtes pas, vous, disponible pour une raison que l’on ne peut même pas connaître. Vous trouvez cela intelligent ? Cohérent ? Cela vous apporte quoi d’agir de la sorte ? Rendre service, c’est si compliqué pour vous ?

Mesdames et Messieurs les juges, vous perdez totalement de vue l’essentiel : OUI, vous êtes au service des gens. Vous êtes là pour rendre Justice, pour régler un conflit, un litige qu’ils n’ont pas pu résoudre eux-mêmes. Vous êtes là pour les aider, pas pour flatter votre ego sous prétexte que vous avez un peu de pouvoir … Et puis, je vous l’assure, même si vous semblez avoir un peu de mal à le croire : rendre service aux gens, faire preuve d’un peu altruisme, cela ne fait pas mal … bien au contraire.

Vous oubliez aussi que, l’avocat qui est devant vous, il a fait les mêmes études que vous. Il n’est pas plus con que vous. Il n’est pas votre subalterne. Il n’est pas non plus votre ennemi. Vous n’êtes en tous les cas en rien son supérieur. Si cela tombe, il est peut-être bien plus compétent et bien plus intelligent que vous ne le serez jamais … S’il vous plaît, descendez un peu de votre piédestal et cessez une bonne fois pour toutes de vous croire autorisé d’engueuler les avocats sous prétexte que vous êtes juges ! L’avocat qui est devant vous, s’il avait voulu devenir juge, il le serait sans doute sans aucun problème et, s’il l’avait voulu, il siègerait peut-être à votre place. Et puis, entre nous, s’il y en a parmi vous qui ont la vocation de magistrat depuis toujours, s’il y a d’excellents juges qui forcent l’admiration pour leur compétence et leur savoir-faire, il y en a aussi toute une série qui sont devenus juges uniquement parce qu’ils n’ont jamais réussi à développer leur carrière d’avocat … Bref, si vous pouviez arrêter un peu de la ramener parce que vous êtes magistrat, ce ne serait pas plus mal, merci.

Bref, changez un peu votre état d’esprit, ne perdez pas de vue que vous êtes là pour aider les gens et n’oubliez jamais que la Justice est au service des hommes et non l’inverse ! Et là, vous mériterez le respect. Là, vous rendrez la Justice.

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