LEGALEX Namur

Si les avocats sont mal aimés du public, c’est aussi et surtout parce qu’ils ont une mentalité détestable !

Avocat. C’est un métier prestigieux, paraît-il.

Il n’empêche que, loin d’être admiré pour ses compétences et/ou ses qualités humaines, l’avocat est souvent mal-aimé du public. Et je le comprends parfaitement. Moi-même, j’avoue avoir régulièrement des soucis avec la profession dont je n’apprécie pas particulièrement la mentalité.

Bien sûr, il y a des tas d’avocats qui sont admirables, qui remplissent leur rôle avec coeur, qui ont une compétence, un savoir-faire indéniable. On ne peut que s’en féliciter parce que ceux-là sont l’honneur de la profession.

Mais à côté de cela, il y a en des tonnes qui sont franchement détestables. Je ne parle pas ici de leur prétention ni même du mépris qu’ils affichent à l’égard des gens, pas plus que de leur ego surdimensionné : cela, on le rencontre dans toutes les professions, même si, il faut bien l’avouer, l’avocat grimpe tout en haut du podium aux Jeux Olympiques des gens humainement pitoyables.

Non. Je veux parler ici de cet état d’esprit qui consiste à faire constamment preuve de mauvaise foi, à chercher par tous les moyens à faire disparaître ce qui n’est pas favorable au client, à jeter régulièrement de l’huile sur le feu alors qu’il serait possible de régler les choses à l’amiable avec un peu de bonne volonté, à jouer au plus malin ou, ce qui revient au même, à jouer à « qui a la plus grande » avec ses confrères parce que, bien sûr, on se croit toujours plus intelligent que l’autre …

Je ne compte plus les avocats qui invoquent à tort et à travers le principe – totalement dépassé et ridicule – de la confidentialité des courriers entre les avocats pour tenter de faire écarter des courriers qu’ils ont rédigés ou des courriers que j’ai rédigé en réponse à ceux-ci parce qu’ils n’assument pas le contenu de leurs propres missives ou parce que la réponse que je leur ai donnée les embête, voire même, parfois, rend complètement ridicule ce qu’ils ont écrit. Je suis régulièrement l’objet de plaintes devant mon Bâtonnier parce que, moi, précisément, je n’ai rien à cacher …

J’ai d’ailleurs publié un article sur le sujet sur ce blog pour mettre en évidence le fait que, le plus souvent, cette opposition est parfaitement absurde.

Sur ce point, il ne reste plus qu’à attendre que, comme toujours quand une règle n’a plus de raison d’être, ladite règle soit remplacée, un jour que j’espère proche, par une autre règle bien plus saine : TOUS les courriers entre avocats sont officiels, sauf ceux qui sont qualifiés confidentiels et qui comportent une proposition de règlement non encore acceptée par la partie adverse. Ce n’est qu’une question de temps mais les avocats sont traditionnellement conservateurs et il faudra donc encore attendre quelques années avant que les choses évoluent à ce niveau.

Autre exemple. Dans un dossier entre un employeur (société pharmaceutique) et un travailleur injustement licencié pour motif grave, il était reproché à ce dernier d’avoir encodé de faux RDV dans son agenda. Le travailleur a cependant pris contact avec chacun des clients qui a confirmé par écrit que les RDV en question avaient bel et bien eu lieu et avaient même été fructueux puisque, chaque fois, il y a eu des commandes …

Le dossier se retrouve naturellement devant le Tribunal, l’employeur ayant manifestement cherché un prétexte pour « justifier » la mise à l’écart du travailleur qui avait osé reprocher à la direction de ne pas avoir tenu une de ses promesses. Compte tenu de toutes les attestations produites par les clients, l’employeur se trouve, on s’en doute, dans une situation délicate … Il est en effet établi, par les pièces du dossier, que le prétexte invoqué ne correspond pas du tout à la réalité des choses. Du coup, l’employeur a repris contact avec chacun des clients pour leur mettre la pression et essayer, en vain, d’obtenir des attestations en sens contraire. Ils ont tous refusé, étant même choqués, on les comprend, par cette attitude qui, il est vrai, est particulièrement pitoyable. Certains clients ont donc rédigé de nouvelles attestations, à la fois pour confirmer leur première attestation et pour se plaindre de la pression du sympathique employeur. J’ai bien sûr annoncé mon intention de produire ces documents.

C’est alors que l’avocat de l’employeur m’écrit, officiellement, pour me dire qu’il va solliciter l’écartement de ces nouvelles pièces parce qu’elles sont produites après l’expiration des délais pour conclure de chacune des parties …

1° Forcément, puisqu’elles sont le résultat d’une pression toute récente de l’employeur en question : il est toujours difficile, je le concède bien volontiers, de pouvoir obtenir à l’avance des attestations relatant des faits qui ne se sont pas encore produits. Ce n’est possible que quand ils se sont produits et, s’ils se sont produits il y a quelques jours à peine, les attestations qui le confirment ne peuvent, elles aussi, avoir été rédigées que très récemment …

2° De l’art de vouloir cacher ce qui embarrasse le client au mépris de la Vérité. Et si, bien au contraire, le client assumait ses responsabilités ? C’est si difficile que cela ? La Justice, déjà entendu vaguement parler de ce truc ?

3° Cette exigence est d’autant plus stupide qu’il n’existe fort heureusement aucune loi qui empêche une partie de produire en cours de procédure une pièce qui, par la nature même des choses, n’auraient pas pu être obtenue plus tôt. De plus, il est clair que celui qui n’obtiendra pas gain de cause dans ce dossier dont l’enjeu est important pour tout le monde va interjeter appel de la décision. En degré d’appel, personne ne pourra m’empêcher de produire ces nouvelles pièces. Bref, c’est vraiment se chatouiller pour se faire rire … et c’est une attitude typique de la profession.

De toute évidence, nombre de confrères n’ont pas compris que, défendre ses clients, c’est uniquement … défendre ses clients. Ce n’est pas emmerder l’autre par tous les moyens pour le plaisir de faire … Le rôle d’un avocat, ce n’est pas mettre systématiquement des bâtons dans les roues de ses confrères mais c’est, je le répète une fois encore, assumer la défense des intérêts de ses clients, même quand ils sont à côté de la plaque.

Franchement, le problème des avocats, comme celui des juges, c’est leur mentalité, leur état d’esprit. Il est temps de sortir de la cour de récréation, de retrouver un peu de goût pour la Justice et de cesser une bonne fois pour toutes de jouer constamment au plus malin : celui qui veut jouer au plus malin, justement, c’est celui qui ne l’est pas.

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